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Actualité réseau / Actualité réseau

Portraits des coopérateurs de Nouvelle-Aquitaine

Publié le 12/06/2026 dans Actualité réseau

Garder en permanence un temps d’avance

Chez Alkar, spécialiste des charpentes métalliques, innover est une seconde nature. Cette philosophie, Philippe Ascone, jeune retraité, ancien président du CA et gérant durant plus de trois décennies, a su la transmettre à ses successeurs : Christophe Méhats, Stéphane Bousquet et Ludovic Cappa.

 

Innover pour rester compétitif

Au cours de son histoire, Alkar n’a eu de cesse d’innover. Créée en 1983 à Mauléon au Pays Basque, la coopérative a toujours su rester à la page.

Pour preuve, dans les années 1990, la société fait l’acquisition d’un logiciel de dessin industriel. La commande numérique des machines-outils est là aussi mise en place. L’objectif est d’utiliser les dernières technologies du marché pour maintenir un temps d’avance.

“Nous tenons à être toujours curieux des progrès technologiques à la fois des machines, des outils de dessin. On vient de changer de logiciel de calcul car on veut pouvoir calculer en mixant les matériaux” illustre Christophe Méhats, le directeur général d’Alkar. C’est en 2006 que ce dernier intègre les effectifs : “mon recrutement reflète bien la politique de la société à savoir intégrer en interne les compétences clés. J’étais à ce moment-là le premier ingénieur bâtiment à rejoindre la SCOP, dans le bureau d'étude.” En 2024, en comptant ses cinq filiales, Alkar emploie 140 salariés et réalise 36 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Pour rester compétitif, Alkar renouvelle le parc des machines sans attendre qu’elles soient vieillissantes. L'investissement va au-delà de leur simple remplacement en privilégiant les outils dernier cri. La société vient de réaliser une dépense très importante, de 2,5 millions d’euros, pour automatiser une partie de la chaîne de production.

“Ces investissements ne conduisent pas à une réduction du personnel. Nous rendons les postes plus qualitatifs et plus intéressants” dévoile Stéphane Bousquet, directeur général délégué d’Alkar. “On améliore la qualité de vie au travail de quatre de nos opérateurs. Cela permet de rendre la tâche plus intéressante et plus performante, avec le même effectif.”

Parfois, l'innovation ne va pas assez vite pour Alkar. “Notre métier de charpentier métallique est un métier de niche. Dans certains cas, la technologie n’est pas encore développée ou assez mature pour qu’on puisse l’appliquer à notre domaine" confie Stephane.

Le prochain investissement, chiffré à 1,6 million d’euros concerne la robotisation de la soudure, une phase qualifiée de pénible par les dirigeants coopérateurs.

Pour Christophe Mehats, Alkar demeure en perpétuel mouvement : “notre parcours illustre bien notre vision. Nous écrivons encore des pages de notre aventure. Nous innovons non pas pour rechercher toujours plus de chiffre d’affaires mais pour avoir plus d'impact sur notre société.”

Une politique de digitalisation et de modernisation de la communication émerge sous l’impulsion de Stéphane Bousquet, visant à mieux valoriser les actions de toutes les parties prenantes, à renforcer l’engagement de tous et à assurer le maximum de transparence.

 

Innover pour décarboner l’activité

“On est un des secteurs qui doit fournir le plus d’efforts.” souligne Stéphane, lorsqu’il évoque le chantier de la transition écologique. Les dirigeants ont choisi de s’appuyer sur les indicateurs de la BpiFrance (Banque Publique d'Investissement) qui reprennent les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, créés par Kofi Annan en 2004, alors Secrétaire Général des Nations Unies).

Pour le volet environnemental, Alkar innove à plusieurs niveaux : dès octobre 2023, l’aventure prend une nouvelle dimension avec la création du poste de “Chef de projet bas carbone”.

Parallèlement, les ateliers ont été rénovés pour être mieux isolés. “Nous avons aussi deux centrales photovoltaïques sur nos toits. Nous produisons notre propre électricité” révèle Stéphane.

Sur les chantiers, l’accent est mis sur la mixité des matériaux. Le réemploi d’un acier recyclé ou l’achat d’acier bas carbone constituent deux autres leviers de la stratégie de décarbonation de l’activité. Enfin, un intérêt particulier est placé dans la recherche de matériaux biosourcés dans le but, à terme, de disposer d’une solution de remplacement au métal.

“En 2018, quand on a défini la vision, on s'est posé la question de continuer à produire à Mauléon. On pourrait fabriquer à l’étranger mais nous avons souhaité rester en France. Notre bilan carbone est réduit aussi grâce à ça. Et puis produire sur notre territoire, au Pays basque, c’est une évidence”, précise Stéphane. A ce titre, Alkar bénéficie du label de “French Fab” qui valorise la production industrielle française à l’étranger.

L’autre critère ESG, concerne la gouvernance. De ce point de vue là, Alkar a su aussi rebattre les cartes pour s’adapter aux mutations et perdurer.

 

Repenser la gouvernance

Dès 2018, le dirigeant en place, Philippe Ascone, a annoncé son souhait de passer le flambeau. Stéphane se souvient de cette période charnière, quatre ans après son arrivée dans la structure : “Nous avons constitué un groupe de travail, composé de coopérateurs et de non coopérateurs”. Plusieurs questions sont alors apparues, se remémore Stéphane : “reste-t-on une SCOP ? Embauche-t-on quelqu’un de l’extérieur pour prendre la direction ?”

Finalement, le modèle coopératif a été perçu comme la meilleure option pour préserver l’indépendance d’Alkar. La coopérative s’est aussi dotée d’un nouveau statut juridique en devenant une Société Anonyme (SA), un fonctionnement plus adapté à ses ambitions économiques.

Le socle des coopérateurs fondateurs accordait une confiance entière à Philippe Ascone et à sa vision. Il a donc fallu repenser tout le fonctionnement pour pallier son absence à venir. C'est une gouvernance tricéphale qui a été retenue pour assurer une transition sereine et efficace.

Stéphane se rappelle de ce moment décisif : “pour moi, devenir directeur général délégué, ça n’a pas changé grand-chose car j’étais déjà dans un état d’esprit de responsabilité. La société nous appartient, personne ne viendra nous sauver, on doit assumer nos décisions. J’avoue apprécier aussi l’équilibre vie pro et vie perso qu’une telle gouvernance permet.” Pour Christophe, le constat est tout aussi positif : "je n’avais pas forcément décidé de devenir aussi vite directeur général, j’avais encore mes fonctions opérationnelles mais Philippe s’est tout de suite positionné. Cette transition sur le long terme de 2020 à 2025 est hyper confortable pour prendre le costume”.

L’aventure d’Alkar se poursuit avec pour ambition de pousser le plus loin possible la décarbonation de l’activité. Les dirigeants souhaitent également pouvoir proposer prochainement la livraison de bâtiments bas carbone, clés en main.

 

Propos recueillis par :
Lucie Pezavant, Associée de Cosme - Collectif coopératif de freelances